*
*
*
Je m'appelle Lilie Le Litchi. Dans un mois et deux jours, j'aurai vingt ans. Je suis donc une grande personne, une adulte. C'est ce qu'il paraît. Quand on me voit, on a plutôt l'impression de se retrouver en face d'une adolescente. Oui. Je suis toujours irresponsable, lunatique, à fleur de peau. Je suis toujours une énigme aux yeux de tout le monde en commençant par les miens. Je suis secrète. Les gens me font peur parce que les gens sont méchants entre eux. Ne dit-on pas que l'homme est un loup pour l'homme et que l'enfer c'est les autres ? Non. Je n'aime pas les autres. Ils sont bien trop effrayants. Bien trop différents. Bien trop méchants. Bien trop. Ca va faire deux ans que je suis soit disant « émancipée » mais toujours pas d'argent, pas de voiture, pas de vrai job, pas de réel avenir en vue. En somme, pas l'ombre d'une caractéristique qui ferait de moi une adulte. Mais j'ai toujours ces remontées de rage, de haine, de colère, de violence, de destruction. Je me retiens. C'est compliqué. Je n'ai plus faim. J'ai l'impression que je suis encore en train de me briser de l'intérieur. De m'auto-asphyxier. J'ai des pensées sombres, des gouttes salées le long de mes joues lorsque mes yeux ne sont pas encore blasés. Je suis l'ombre de moi-même et je suis un galet sur le bord la plage qu'un quelqu'un ne va pas tarder à jeter dans l'eau. Avant de toucher le fond, je sais déjà que je vais faire pas mal de ricochets. Les dommages collatéraux ? Que je vais sombrer dans l'abîme lentement mais sûrement. Que des poissons vont bousculer ma chute certaine. Je suis un gros galet. Ca faisait très longtemps que je ne m'étais pas pesée. Je pensais être plus grosse que ça. Peut être 55 ou 56. La vérité n'était pas loin. Il faut que je redescende. Je suis faible. Folle? Il faut que je rentre à Montpellier, même si c'est pour trois jours. J'ai besoin de retrouver mon endroit à moi. J'ai besoin de ne plus voir les mêmes murs, de ne plus rester là. Là. A vouloir que tout ça s'arrête une bonne fois pour toute. Je suis égoïste. Mais tout va bien. Je peux même sourire et dire que je suis heureuse. Oui. Tout va bien. Je vais faire comme d'habitude. Je vais paraître. Les gens vont y croire. Les gens croient toujours ce que l'on veut qu'ils croient. Les gens sont stupides. Je ne suis pas mieux. Moi aussi je suis méchante. Mais ce soir, je peux me le permettre. Ce soir, je n'ai rien à perdre. Ce soir, et demain ? Peut être demain ne sera pas.
Pourquoi ?
Non, je ne suis pas suicidaire.
Sûre ?
Non, je n'ai pas vraiment recommencé.
Vrai ?
Non. Bon ok. Un petit peu alors. Mais promis, pas plus. Parce que ce que j'aime c'est tout garder pour moi et me faire mal à l'intérieur parce que personne ne doit savoir ce qui me blesse. Parce que c'est un secret. Parce que ça ne les regarde pas.
Parce que les gens à qui tu as offert ta confiance l'ont réduite en miette ?
Oui. Les gens ne sont pas dignes de confiance.
Tu ne fais plus confiance à personne ?
Non. C'est moins décevant et douloureux comme ça.
Peut être que tu te trompes.
Personne ne m'a encore prouvé le contraire.